Pierre, patron pêcheur à 18 ans….

 

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À seulement 18 ans, Pierre est marin-pêcheur à son compte. À Saint-Nazaire, c’est lorsque la nuit tombe qu’il part avec son bateau pêcher la crevette grise. Un métier de passion, d’espoir et de déconvenue.

La douceur des fins d’après-midi d’été se fait sentir, lorsque Pierre pose le pied sur son bateau pour commencer sa journée de travail. Depuis deux mois, dans le port de Saint-Nazaire, à seulement 18 ans et 3 mois, il est le plus jeune marin pêcheur à son compte. Rien ne laisse cependant transparaître son jeune âge.
Son regard est grave, son verbe assuré et ses épaules assez larges pour porter les responsabilités qui sont désormais les siennes.

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Après avoir inspecté ses filets, le voilà à la barre de son bateau de 8,72 m. Pendant une trentaine de minutes et en pilotage presque automatique, il rejoint son périmètre de pêche dans l’estuaire de la Loire.
Les premières inquiétudes apparaissent sur son visage. « Il y a du courant, c’est plus compliqué pour la pêche. En plus, depuis quelques jours, j’ai un problème de réglage avec mon chalut, ça ne pêche pas bien. J’espère que ça ira ce soir », confie le jeune marin en allant mettre à l’eau ses neuf mètres de filet.

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Je fais ce que mon père n’a pas pu finir »
La pêche est une histoire de famille chez lui. Le port et ses marins ont vu naître et grandir Pierre jusqu’à l’accueillir aujourd’hui comme l’un des leurs. Son père, marin-pêcheur lui aussi, est décédé alors qu’il n’avait que 2 ans. Plus qu’une passion, c’est un héritage que Pierre a voulu reprendre. « Depuis tout petit, je veux être pêcheur. Aujourd’hui, je fais ce que mon père n’a pas pu finir », sourit-il timidement.
Il fait ses armes à l’école de pêche, mais quitte l’école un an avant ses examens, pressé de rejoindre la mer. Il travaille alors au Croisic sur des langoustiers à bord desquels il part au large pendant six jours. « C’est là que tu apprends le métier, c’est des choses qu’on ne t’enseigne pas à terre. » Il n’a alors que 17 ans mais rêve déjà d’être le patron de son propre bateau. « La langoustine, ça m’a permis pendant un an de mettre de l’argent de côté », explique-t-il.
Désormais, ce rêve, un bateau devenu sa « deuxième maison », se nomme Le P’tit Paluche, un hommage à son père. « Paluche était son surnom, donc moi, ici, c’est Petit Paluche. »

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Les vagues se sont calmées face à la plage de Saint-Brévin. Pendant près d’une heure et demie, le chalut est traîné pour attraper les fameuses crevettes grises dans les fonds marins. Pour passer le temps, dans sa petite cabine où résonnent des notes de rap, Pierre grille cigarette après cigarette et joue avec son téléphone. « Bientôt, je vais mettre une télé là », s’amuse-t-il en pointant depuis son siège l’espace à côté des commandes.
« Faut en pêcher pour être rentable »
Lorsqu’il remonte ses filets, son visage se durcit. La pêche semble maigre. Dans le bac de tri, crabes, poissons et étoiles de mer gisent au milieu des crevettes grises. Pierre commence le triage tout en renvoyant à la mer ces poissons indésirables qui feront le festin des goélands rassemblés autour du bateau.

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Avant de lancer une deuxième fois le filet, il tente d’y ajouter plus de poids à l’aide de chaînes. Une heure plus tard, une fois remonté, le deuxième filet n’est pas plus heureux que le premier. « C’est minable », soupire Pierre, inquiet. Il actionne pour la troisième fois son chalut, pessimiste : « D’habitude, je fais 15 ou 20 kg de crevettes par chalut ; là, je fais 1 à 2 kg. J’appelle les autres ; eux, tout va bien, je ne comprends pas. »
À seulement 18 ans, Pierre  doit tenir le cap dans un métier qui laisse peu de répit. Six jours par semaine, il travaille près de douze heures par nuit jusqu’à 6 h du matin, soumis aux aléas des courants et des marées. Il lui faudra du temps pour atteindre la rentabilité. « Je pense dans dix ans, confie-t-il. À 9 € le kilo de crevettes grises, faut en pêcher pour être rentable. » Plus de 50 à 100 kg à chaque sortie en mer. « C’est fini ce métier de m… »

Crevettes roses
Alors, comme son père avant lui, il veut voir plus loin et se diversifier. Dans quelques mois, il posera ses 500 casiers à Mesquer pour pêcher la crevette rose.  « Avec la crevette rose, tu mets tes casiers et tu reviens deux jours après, ça te prend trois heures. Là, à la crevette grise, je passe douze heures à gagner la moitié. »  Puis, il y aura la pêche à la civelle en hiver, petite anguille devenue l’or blanc de la Loire, à 350 € le kilo. Pierre doit bientôt obtenir la licence, un sésame convoité pour cette pêche très réglementée. Un soulagement.

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21 h 30. Le jeune marin sort pour la troisième fois son filet. Cette fois-ci, la prise n’ira pas jusqu’au bac de tri. Désabusé, Pierre rejette à la mer le maigre butin. « Que des crabes », souffle-t-il. Il préfère désormais retourner au port. « Je ne veux pas perdre d’argent avec le gasoil. Là, j’ai 18 € de pêche pour 13 € de gasoil. »
En rentrant, il passera quelques coups de fil. « Faut demander des conseils à mes petits anciens », comme il aime à surnommer les autres marins du port, ses aînés.

Claire Duhamel/Ouest-France 26/08/2018

« Suite au poème d’ Anatole LE BRAZ, j’aimerais partager, avec vous, un reportage sur un jeune pêcheur d’aujourd’hui. Pierre, 18 ans et 3 mois, nous parle de son métier avec beaucoup de franchise. Il affronte les marées comme il le dit si bien : « c’est un métier de passion, d’espoir et de déconvenue. » Je rajoute que c’est un métier de grand courage pour un si jeune homme. ADMIRATION !!!!

Nous sommes très loin du monde politique et de ses arrangements ): dispute

Nous sommes là « dans la vraie vie. » 

 

18 réflexions sur “Pierre, patron pêcheur à 18 ans….

  1. J’ai eu parmi mes élèves des mordus de l’agriculture et surtout de l’élevage qui ont repris le flambeau de leurs parents… sans garantie non plus de rémunération correcte pour vivre. Je pense que la pêche doit être encore plus difficile. Ce jeune garçon force l’admiration. Je lui souhaite de réussir malgré les aléas, dont certains ont été causés par une surpêche, ou une concurrence déloyale (pourquoi des limites raisonnées pour nos pêcheurs et pas pour les anglais?). Il ne manque pas de courage en affrontant tout cela.

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  2. Les métiers/passion ne se perdent pas… Ce jeune et courageux Pierre en est la preuve!
    J’espère pour lui qu’il réussira. En attendant, courage à lui!
    Et merci à toi, chère Eveline pour cet article bien intéressant.
    Belle journée et bises.

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  3. Je suis admirative face à Pierre si courageux. Il y met tout son coeur.
    Il mérite de réussir.
    J’espère que tu donneras de temps en temps des nouvelles de ce marin pêcheur.
    Belle journée Eveline, bisous.

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