JPC%20PERM%20KERMARIO

Poème en breton sur la mer, de Jean-Pierre Calloc’h (1888-1917), suivi de sa traduction en français :                   

 

ob_b87739_web-2

AR MOR
(Kan eun emzivad)

Me da gar, o môr don,
A iud evel eul lon
Pa c’houez ar gorventen !
Pa welan da c’hoummou
0 tired a dammou
Warzu d’am énézen !

Me gar da c’huannaden
0 tont war an aezen
Beteg va wele-kloz,
Hag ar soniou seder
A gannez er pellder,
En sioulder kun an noz.

Hag ivez, d’ar c’hreiste,
Me wel gant karanté
An heol sklerijennus,
Euz an oabren ledan,
0 tol e sklerder-tan
War da zour didrouzus.

Me da gar, o môr glas !…
Koulskoude, anken bras
Teuz lakeet em c’halon :
Meur a va zud karet
Ganiz zo bet skrapet
Hag a hun ‘na zour don.

Pe leac’h maont, holl va zud
Teuz-te lonket heb brud
Gand da veg didrue ?
Siwaz ! Du-ze, er mez,
Baleet heb divez,
Maont é leac’h oar Doue!

Ha me gleffe brema,
Gant va mouez ar c’hrenva
Da viliga bepred !
Hogen n’ellan, da vad,
P’ha welan o lipat
Réier m’énez karet.

Me da gar, me da gar !
Goaz z’é vid ma glac’har,
Ma c’hreiz, tav da c’hirvoud!
D’id ma c’halon, o môr !
Ha, mar kwitan Arvor,
Mervel a rinn heb out!

1903.

Yann-Ber Kalloc’h (dit Bleimor), 
LA MER
(Chanson d’orphelin)
Je t’aime, ô mer profonde,
Qui hurles comme une bête
Quand souffle l’ouragan
Quand je vois tes vagues,
Courir, par tronçons,
Du côté de mon île.
J’aime ta plainte,
Qui vient, sur la brise,
Jusqu’à mon lit-clos ;
Et les joyeuses sones,
Que tu chantes dans le lointain,
Dans la douce paix de la nuit.
Et aussi, à midi,
Je vois avec amour,
Le soleil étincelant,
Du haut du large firmament,
Verser sa lumière de feu,
Sur ton onde silencieuse.
Je t’aime, ô mer bleue !
Et pourtant dans mon coeur,
Tu mis un grand chagrin :
Beaucoup parmi mes parents chéris,
Ont été emportés par toi,
Et dorment dans tes flots profonds.
Où sont-ils, tous les miens,
Que tu avalas obscurément,
De ta gueule sans pitié ?…
Hélas! Là-bas, au large,
Promenés sans fin par les vagues,
Ils sont Dieu sait où !
Et je devrais, à présent,
En grossissant ma voix,
Te maudire sans cesse,
Mais, tout de bon, je ne puis,
Quand je te vois lécher,
Les rochers de mon île chérie.
Je t’aime, je t’aime !
Tant pis, ma douleur,
J’étoufferai ton gémissement!
A toi mon coeur, ô mer,
Et si je quitte l’Armor,
Je mourrai sans toi!

Sur sa tombe:jpcalloch02

Jehann Ber Kalloch

Leshanuet Bleimor

Gannet é Groé, 21 Gourhelen 1888

Maruet, ofisour, er Brezel bras

Etal Urvillers, 10 imbril 1917

skrinet en des ur haer a livr :

« Ar en deulin » Breihis,

« pedet aveïton « 

Jean-Pierre Calloc’h du nom bardique « Loup de mer » né à Groix le 21 juillet 1888 mort officier à la Grande Guerre auprès d’Urvillers, le 10 avril 1917. Il a écrit un beau livre: « A Genoux » –
« Bretons, priez pour lui. »

 

L’auteur: YANN-BER CALLOC’H (1888-1917)

Né le 21 juillet 1888 sur l’île de Groix, au large de Lorient, Jean-Pierre Calloc’h, dit Bleimor, qui reste comme l’un des plus grands poètes Bretons, sent très tôt sa vocation poétique « Evid Doué ha Breiz » (pour Dieu et la Bretagne). Dès 1905, il adresse ses premiers poèmes aux revues Ar Vro de Taldir Jaffrennou et Dihunamb de Loeiz Herrieu.

Du Grand Séminaire en 1905 à l’université à Paris jusqu’en 1907, Yann-Per Kalloc’h ne manque pas une occasion de faire usage de sa plume. Les revues littéraires mais aussi les journaux à vocation plus polémique deviennent les tribunes préférées du groisillon.

Puis vint le service militaire de 1909 à 1911. Il demande à faire le cours des illettrés et le fait en Breton à quarante bretonnants. Il entretient toujours de nombreuses correspondances avec des militants et des journaux bretons. En outre, il s’affirme contre la statue de la Marquise de Sévigné que Charles Le Goffic veut ériger à Vitré. Il prend même la tête des partisans de Nominoë: « En voilà au moins un qui mérite une statue ! ».

Puis arrive la guerre. Celui qui s’affiche comme si peu Français « Nen don ket Gal aveid ur blank » (Je ne suis pas Français pour un sou), endosse la vareuse militaire le 26 janvier 1915 à Lorient.

Début 1917, Bleimor adresse la Prière du guetteur (Pedenn er gedour) à René Bazin qui en  publie la traduction dans l’Echo de Paris.

« Je suis le grand veilleur debout sur la tranchée, Je sais ce que je suis et je sais ce que je fais ; L’âme de l’Occident, sa terre, ses filles et ses fleurs C’est toute la beauté du monde que je garde cette nuit. »

Quelques jours plus tard, pendant le repas, un obus éclate à proximité du Lieutenant Calloc’h…Une voix poétique extraordinaire vient de se taire pour toujours. C’était le 10 avril 1917. Yann-Ber Calloc’h avait 28 ans.

 

 

call_mai

lais_bre

 » Mon cœur est dans la Basse-Bretagne — N’importe où est ce corps-ci, — Mon corps dont chaque membre est lassé. — Tout le jour, toute la nuit je crie : — Mon cœur est dans la Basse-Bretagne, — Mon cœur n’est pas ici. »

Me halon zo é Breih-Izél

Me halon zo é Breih-Izél
Ne vern ‘men ‘ma er horv-man,
Me horv skuih énnoñ peb ezél.
Tro ‘n dé, tro ‘n noz é harman :
Me halon zo é Breih-Izél
Me halon n’é ket aman.

Pariz, 1913

 À l’âge où l’on ne songe ni à tombe ni à pierre, — Ni au fleuve de la vie qui va si vite… — Au milieu de mon plaisir pourtant je suis inquiet :

— Dieu mit la tristesse dans le cœur des Bretons.

 

cou_dihu
 

 

« Ô îles de la Grèce, îles de la Grèce, — dont les jardins sont si riches et le soleil éternel, — Entre toutes les îles vous êtes renommées, — Et les harpes d’or de mille bardes à travers le monde vous ont louées.

Et cependant jamais je n’ai désiré aller vers vous, — Vivre en vous je ne pourrais ni pour argent, ni pour or, — Car mon cœur est là-bas dans les archipels pauvres, — Où l’on entend parmi les roches le saint langage des Celtes ! »

(paru dans « A GENOUX »,   Plon-Nourrit et Cie, imprimeurs-éditeurs, 1921)

Me ‘zo ganet e-kreiz ar mor

1. Me ‘zo ganet e-kreiz ar mor,
Teir leo er-maez
Un tiig gwenn duhont am-eus,
Ar balan ‘gresk e-tal an nor,
Hag al lann ‘holo an anvez.
Me ‘zo ganet e-kreiz ar mor,
E Bro Arvor!
 

. Va zad a oa ‘vel e dadou,
Ur martolod!
Bevet e-neus kuzh ha diglod
Ar paour, ne gan den e globou!
Bemdez, bebnoz, war ar mor blod
Va zad a oa ‘vel e dadou
Ur martolod!

Va mamm ive(z) a labouras,
Ha gwenn he bleo,
Ganti ar c’hwez war hon talou,
Desket am-eus bihanig-tra:
Medi ha tenna avalou;
Va mamm, ive(z) a labouras!
D’hounit bara!

1. Je suis né au milieu de la mer,
A trois lieues au large!
J’ai là bas, une petite maison blanche
Le genêt pousse devant la porte,
Et l’ajonc couvre le seuil!
Je suis né au milieu de la mer
Au pays d’Arvor
 

Mon père était comme ses pères
Un marin!
Il a vécu dans l’ombre et sans gloire
Le pauvre, personne ne chante ses hauts faits!
Chaque jour, chaque nuit, sur la mer sans ride,
Mon père était comme ses pères,
Un matelot!

. Ma mère aussi a travaillé,
Et ses cheveux sont blancs,
En sa compagnie, la sueur sur nos fronts,
J’ai appris , tout petit:
A moissonner, à arracher les pommes (de terre);
Ma mère aussi a travaillé,
Pour gagner (notre) pain!

CIMG1290.JPGmor bras